KESS KI DIT - La petite rubrique avec du poil à gratter



Bonjour, vous n’avez rien contre la Nature?

En préambule à l’Assemblée Générale de notre association ce 10 mai dernier, notre Président Emmanuël Sérusiaux a tiré la sonnette d’alarme; ce n’est d’ailleurs plus une sonnette, mais tout le carillon du Mont des Arts qui retentit quant au tarissement de nos sources publiques de financement, en clair les subsides.

Ce qui donne les "chocottes", en tant que naturaliste, c’est que non seulement les gouvernements bruxellois et wallon sont en cause, mais également la Flandre, où un nouveau décret Nature raboterait les subsides à destination de notre association sœur flamande Natuurpunt.

Encore une couche? La Commission européenne remet en cause le réseau Natura 2000, un ensemble de sites naturels européens, terrestres et marins, identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces sauvages, animales ou végétales, et de leurs habitants. La législation couvrant plus de 1700 sites est donc menacée.

Il plane un nuage d’incohérence entre la lecture de quelques rapports internationaux sur le sujet, de discours et d’engagements pris au niveau international et les décisions prises à l’échelle nationale.

En outre, du fait de la suppression de partenariats et de co-financements avec les services publics –avec effets rétroactifs-, nous allons bientôt, si ce n’est déjà le cas, recevoir quelques avis de décès d’associations actives dans la préservation de la Nature, avec à la clef, des emplois perdus pour nombre de personnes. 

Emploi??? Qu’entends-je??? Qu’ouïe-je??? Qu’acoustiquais-je???

Ben oui, monsieur le sinistre (oups! mon clavier confond deux consonnes!); de nombreux jeunes, fraîchement diplômés, dénichent leurs premiers emplois au sein d’associations telles que la nôtre, leur permettant d’acquérir une première expérience professionnelle, expérience tant demandée dans les offres d’emplois.

Non! Autant le rabot reste un outil noble dans la menuiserie-ébénisterie, autant il n’a rien à faire dans les mains de nos élus concernant la préservation de la biodiversité.

Il reste tant de choses à faire pour enrayer la dégradation de cette biodiversité.

Une nature capable de générer des ressources servira tant à l’économie qu’au bien-être des générations futures.

Michel Vandevelde, Vice-Président

Pour en savoir plus sur cette problématique, lisez la carte blanche rédigée par de nombreuses associations et parue dans La Libre

Le bioplastique, est-ce fantastique?

Face à l'amenuisement des ressources de notre planète, il est grand temps d'utiliser nos avancées technologiques pour construire un avenir plus propre. Avec le bioplastique, il n'est plus question de matières premières fossiles ou polluantes car il est issu de ressources recyclées, renouvelables et biodégradables. Maïs, blé, betterave, patate douce, soja, canne à sucre, huile de ricin... Ceci n'est pas la liste de mes courses mais bien des composants nécessaires à la fabrication du bioplastique agrosourcé! Ce matériau présente une grande caractéristique: il est issu de l'agriculture. Il est parfois même biodégradable. Son utilisation remplace celle des plastiques hydrocarbures. Une production plus propre puisque ce procédé permet une réduction des gaz à effet de serre comme le CO2. Mieux encore… les plantes ayant servi à la fabrication du bioplastique ont elles-mêmes absorbé du CO2 pendant leur croissance! Le seul bémol réside dans les engrais utilisés et l'énergie consommée lors de la transformation du matériau. C'est pourquoi on valorise la fabrication de celui-ci par une agriculture bio, le recyclage ou le compostage.

Bioplastique, bienvenue! Entrez et prenez une chaise

La première chaise 100% recyclable et biodégradable vient juste de voir le jour chez un créateur du Sud-Ouest de la France, Jean-Louis Iratzoki. Elle est faite d'un plastique végétal qui associe la betterave, l'amidon de maïs et la canne à sucre. Moderne et colorée, l'assise vient se loger sur un chevalet en bois massif. Elle est un bijou d'ergonomie et de confort. Elle constitue une avancée technologique majeure en matière de design mobilier, pas seulement pour son aspect mais surtout pour sa nature écologique. A partir du moment où elle est riche en sucre, toute espèce végétale peut être utilisée à la fabrication du bioplastique. Pour faire court: en usine, l'amidon végétal est transformé en glucose par l'action d'enzymes. La fermentation de celui-ci le change ensuite en acide lactique qui est condensé en une matière de synthèse que l'on peut chauffer et mouler dans la forme désirée. A partir de là, toutes les applications sont possibles: chaises, bouteilles d'eau, couverts en plastiques, stylos... Le processus est utilisable pour la plupart de nos objets quotidiens. Par exemple, le Mater-Bi est un bioplastique fait à base d'amidon de maïs non modifié génétiquement. Il a été conçu et commercialisé par l'entreprise italienne Novamont née en 1990. Il trouve des applications dans le domaine de l'emballage pour le conditionnement alimentaire. On l'utilise aussi pour produire de la vaisselle à usage unique, des produits d'hygiènes (couches pour bébés, coton tiges…), des jouets, des articles de bureau ou encore dans le secteur automobile, agricole, de la grande distribution... Le programme pour l'environnement de l'ONU, en marge du dernier sommet de la Terre de Johannesburg en 2002, a récompensé Novamont et 13 autres entreprises italiennes engagées dans la production de produits durables et respectueux de l'environnement.

Pourtant, plusieurs limites ont été soulevées au sujet du bioplastique agrosourcé. La première est qu'une production de ressources alimentaires à d’autres fins que celle d'être consommées est absurde dans les pays connaissant la famine. Comment pourrait-on choisir de faire objets plutôt que de nourrir la population? Il serait plus logique qu'il soit fabriqué à partir de produits végétaux résiduels qui ne peuvent servir d’aliments aux humains. Deuxièmement, quand on connait les dégâts causés par l'agriculture en masse, comme l'appauvrissement et la pollution des sols ainsi que des nappes phréatiques et ce, juste pour répondre à nos besoins alimentaires, on n'ose imaginer les conséquences de la réalisation de ce projet à grande échelle. On ferait face à une surexploitation de la nature certaine. Finalement, le pétrole est nécessaire à la fabrication de ce nouveau plastique. Il faut alimenter les tracteurs et les camions utilisés pour cultiver et pour transporter les ingrédients. De l'énergie est aussi nécessaire au processus de fabrication du bioplastique. Il semblerait donc que ceci ne soit pas la solution idéale, et que malgré que l'idée soit durable, son application doit être repensée. Mais réjouissons-nous tout de même que nos scientifiques cherchent des solutions! Certes, ce n'est pas ce concept qui va nous sauver d'un future décadent, mais que des progrès soient fait et mis en avant démontrent que nous avançons. Peut-être que ceci n'est pas applicable à l'échelle d'une nation cependant des actions différentes mais coordonnées peuvent être la clef pour enrayer la destruction progressive de la planète par nos modes de consommation.

Ce n’est quand-même pas tout nouveau cette histoire de bioplastique!

Historiquement, il a été inventé avant l'application industrielle de la pétrochimie. L'un des premiers bioplastiques, l'amylomaïs conçu à partir d'amidon de maïs, date du début des années 1950. Le caoutchouc, la parkésine, la pierre de lait, la résine sont des matériaux que l'on utilise depuis longtemps et dont la demande accroît fortement face à la montée des prix du pétrole. Il y a donc bien des alternatives à l'utilisation de matière fossiles, et si ce n'est pas par bon sens qu'elles sont utilisées, peut être que des enjeux économiques séduiront les derniers sceptiques. 

Le bioplastique, ce n'est pas que des salades!

Lorsque qu'on parle de bioplastique, cela ne signifie pas nécessairement que c'est un matériau issu de l'agriculture. Il y a d'autres façons de l'obtenir, il peut aussi provenir de matières premières recyclées. Prenons un exemple concret: Aquiris, filiale du groupe Veolia, est l'opérateur de la plus grande station d'épuration de Belgique située au nord de Bruxelles. Récemment, leur projet, issu de dix ans de recherches, a été dévoilé: fabriquer, à partir des boues d'épuration de la Capitale, des matières plastiques qui peuvent être utilisées pour la manufacture d'objets du quotidien et qui sont entièrement biodégradables. C'est un système révolutionnaire, qui utilise des déchets difficiles à éliminer afin de produire plus intelligemment. De plus, ce bioplastique réduit aussi considérablement la diffusion de déchets dangereux causés par des matières dérivées du pétrole qui mettent des centaines d'années à se dégrader. C'est un substitut avantageux aux matières plastiques traditionnelles, puisqu'il peut être composté sans polluer et se dégrade lorsqu'il est négligemment abandonné dans la nature. A Bruxelles toujours, la 9ème Conférence Européenne sur les bioplastiques de septembre dernier révèle une tendance à la croissance positive de ce  secteur au niveau mondial. Nous ferions un tel bon avant si au lieu d'adopter un système de consommation linéaire (matières premières- production-consommation-déchets), nous passions à un système de consommation en boucle où nos déchets seraient nos matières premières! La machine est en route et le processus s'accélère lorsque l'économie y gagne. La création de nouveaux emplois, en plus de la diminution des coûts des matières premières semblent présager un beau futur au bioplastique. Quand on y pense, le problème du plastique tel qu'on le connaît, c'est qu'il ne se dégrade pas tout seul. L'inconscience des humains, qui pensent que l'abandonner dans la nature est sans conséquence, n'est pas sans danger. Par exemple, on estime à 30 millions de tonnes de plastique qui dérivent dans nos océans chaque année. Ce que l'on appelle le nouveau continent dans l'Océan Pacifique, un ensemble de déchets flottants embarqué dans le tourbillon des courants. Les conséquences sont désastreuses, les animaux marins en ingurgitent, et peuvent souffrir d'une mort lente et douloureuse, ils sont aussi parfois piégés ou blessés par cette pollution. L'idée que le plastique soit biodégrable et qu'il puisse se dissoudre seul dans la nature pourrait empêcher la transformation nos mers en gigantesques décharges à ciel ouvert. 

Finalement ne pourrait-on pas réduire l'impact du plastique sur notre environnement en diminuant sa consommation?

En changeant légèrement nos habitudes, nous pouvons améliorer la situation. Par exemple favorisez les sacs réutilisables et dites stop au suremballage au supermarché, favorisez aussi les achats en vrac plutôt que les aliments sous-vide. Vous pouvez acheter moins de bouteilles d'eau en plastique en vous équipant d’une carafe filtrante pour l'eau du robinet. Evitez les gobelets jetables, munissez-vous d'une tasse pour votre café au travail et utilisez plutôt des couverts et ustensiles de cuisine en métal ou en bois. Quand c’est possible, préférez des supports immatériels, comme des fichiers de musique à la place de CD, et pour votre décoration d'intérieur, optez pour des meubles ou objets en matières naturelles. Les petits gestes du quotidien combinés aux avancées scientifiques et les technologies modernes offrent l'espoir d’une évolution positive de nos modes de consommation. Certes, ce n'est pas la seule solution à l'urgence écologique à laquelle nous faisons face mais il est clair que le problème ne se réglera malheureusement pas en un jour! Pas à pas et main dans la main, il est aussi notre devoir de citoyens, de sculpter notre futur.

Emmanuelle Perrichon


Qui est le Martien de qui?

Corentin de Salle est un philosophe, enseignant à l’ULB, qui n’aime pas le WWF! Il a publié le 27 octobre dernier une critique acerbe de son rapport "Planète vivante" dans un article intitulé "L’archaïque conception cosmologique du WWF".

L’auteur affirme que les ressources naturelles s’accroissent avec l’accroissement de la population. Comment me direz-vous peut-on argumenter une telle affirmation? Mais c’est très simple pour l’auteur: une augmentation de la population humaine signifie une augmentation de la population des poulets! Nous sommes là aux antipodes de l’idée qu’un naturaliste peut se faire de ce que sont les ressources naturelles.

Et l’auteur de continuer en nous décrivant un futur de cultures souterraines alimentées par de l’éclairage artificiel, avec des rendements phénoménaux. Sans oublier les promesses de la viande artificielle qui démontrerait l’obsolescence d’une attitude culpabilisante par rapport à la consommation de viande. Mon Dieu, que le monde de Corentin de Salle est à mille lieues de celui dont je rêve, pimenté de produits sains, de viande peut-être peu abondante mais goûteuse parce que liée à un terroir et élevée avec respect.

Et l’auteur ne s’arrête pas là: pour lui, ce serait l’interdiction d’exploiter une ressource qui conduirait à sa surexploitation et à sa disparition. Si l’on peut comprendre que l’interdiction de tuer certains animaux sauvages conduit au marché noir et à la hausse des prix qui encourage le braconnage et la corruption, affirmer que ce sont les règlementations internationales visant la protection des espèces menacées qui entraînent à terme la disparition des espèces est un pas de trop que je ne voudrais pas franchir. Et la solution préconisée par Corentin de Salle a de quoi faire frémir tout ceux qui ont une vision globale des équilibres environnementaux: il suffirait d’élever des animaux sauvages dans des parcs. Après tout, les vaches auraient disparus si on avait voulu les protéger! La nature dans cette vision ne serait donc qu’une simple ressource mise à notre disposition? La faune sauvage aurait comme intérêt principal sa valeur commerciale et son utilisation comme animaux de boucherie?

La vision du monde de Corentin de Salle est d’un optimisme quelque peu béat: une foi en la technologie sans faille, l’idée d’une nature miraculeuse qui se réinvente sans cesse et que les déprédations humaines n’atteignent pas. Ainsi, pourquoi s’en faire pour la mer de plastiques qui encombre nos océans et empoisonne la faune? Cet amoncellement de plastiques aurait donné naissance à une nouvelle faune et une nouvelle flore! A ce rythme-là, aucun déséquilibre n’aurait de réelles conséquences préjudiciables et l’on pourrait dire que l’affaiblissement des abeilles est "compensé" par le magnifique essor des varroas!

Toujours selon l’auteur, les limites environnementales n’auraient rien de scientifique (notez que Corentin de Salle n’a rien lui-même d’un scientifique), mais seraient éminemment idéologiques. Nous ne consommerions nullement plus d’une planète, car on n’exploiterait que 0,1 % des ressources. Mais il ne nous dit pas à quelles conditions ces ressources sans fin pourraient être exploitées, notamment financièrement, et avec quelles conséquences. Et le summum de l’aveuglement ou de l’innocence s’exprime à la fin de l’article par une envolée lyrique sur le millier de milliards de planètes et les centaines de milliards de galaxies qui n’attendent que nous au cas où nous aurions malgré tout épuisé notre planète. C’est oublier que le premier pas de l’homme sur la très proche planète Mars n’est pas encore pour demain.

Le WWF aurait une conception animiste de la nature! Après tout, pourquoi pas? L’idée d’une humanité faisant profondément partie de la nature, la respectant, ne me déplaît pas. S’excuser auprès de l’animal qu’on tue pour le manger n’est-il pas plus noble que de l’abattre à la chaîne dans des conditions de stress et de souffrance parfois indignes de l’homme?

J’ai l’impression que naturalistes et écologistes sont des Martiens pour Monsieur de Salle. Mais qu’il sache bien qu’il en est un autre pour nous. Sa devise pourrait être "Tout va bien Madame la Marquise" ou "Faisons l’autruche, déculpabilisons nous et soyons heureux."

Ce qui me fait un peu peur, c’est que le parti de notre premier ministre l’ait choisi comme conseiller. Il est vrai que Corentin de Salle ferait, paraît-il, de l’écologie libérale…

Les lecteurs désireux d’en savoir plus peuvent lire l’article intégral de Monsieur de Salle. L’article est suivi d’une réponse de Monsieur Geoffroy De Schutter, Docteur en Sciences et ex-directeur des programmes au WWF.

André Houbart


KESS KI DIT: le grand péril des pèlerins: roman d’anticipation

Chapitre 1: mars 2015

Réunion d’état-major chez Natagora Bruxelles. Tout le monde est encore sous le choc du vol de trois jeunes Faucons pèlerins aux rochers de Champalle l’année dernière. Non, il ne s’agit pas de l’envol de ces superbes prédateurs, mais bien de l’acte odieux de l’individu qui les arracha à leur nid protecteur par esprit de lucre.

A l’ordre du jour, comment empêcher pareil acte malveillant sur les citadelles pas si imprenables que ça que sont nos tours de cathédrales, d’églises ou de maisons communales, que ce soit à Saint-Michel, Boitsfort, Etterbeek ou Woluwé-Saint-Pierre?

"Mais que fait donc la police?" s’étonne l'un des participants. Un autre lui répond que s’il compte sur elle, il peut déjà programmer l’extinction de l’espèce. Propos sombres et peut-être exagérés, mais qui provoquent une rumeur d’approbation dans l’assemblée.

"Mettons-nous sur le pied de guerre", propose un Natagorien quelque peu belliqueux. "Veillons jour et nuit sur nos chérubins ailés, partageons-nous des tours de garde au pied des nids, et les malfrats n’auront qu’à bien se tenir." Rumeur mitigée cette fois, car tout le monde ne s’imagine pas volontiers passer tout son temps libre au pied d’une tour.

Un doigt se lève timidement: "Devrons-nous être armés? Si c’est comme avec les braconniers, ils seraient sans doute capables de violence pour arriver à leurs fins." Réaction outrée du Président: "Mais que ne faut-il pas entendre? Nous sommes des gens pacifiques, nous avons les armes en horreur!"

La conversation se poursuit. Tout y passe: systèmes d’alarme sophistiqués, récompense aux actes de délation, lobbying intense auprès des politiciens, chacun a sa solution, bonne ou mauvaise…

Qui va imposer sa solution? Avec quelles conséquences? Le mal va-t-il être enrayé? Qui seront les martyrs de la cause des pèlerins? Je ne donnerai pas au lecteur le plaisir de lire le mot de la fin de ce thriller animalier. Libre à lui d’imaginer une suite.

Chapitre 2: retour en 2014

Nous n’en sommes heureusement pas encore là! Par bonheur, l’espèce n’est probablement plus en péril chez nous… pour l’instant. Cette amorce de thriller n’est que le fruit de mon imagination. Mais elle est source d’étonnement, de consternation, de questionnements: comment se fait-il que les choses les plus nobles entrent ainsi dans le monde de l’argent? Est-ce normal? Est-ce une maladie propre à notre époque ou l’expression d’un éternel humain pas très reluisant? Que ce soit en matière d’art, de sport, de santé ou d’espèces rares, tout se vend, tout s’achète, tout doit être rentable. Et malheur à la maladie orpheline qui ne vaut pas la peine qu’on investisse pour l’éradiquer.

La biodiversité est, comme l’eau et l’air que nous respirons, un bien commun qui doit être sorti à tout prix des réseaux mercantiles. Natagora s’est toujours battu pour cela et il continuera à le faire, sans tomber bien entendu dans la dérive sécuritaire si présente aujourd’hui dans certains discours.

De la fiction à la réalité: deux cigognes noires abattues!

Un fait nouveau tout aussi lamentable s'est produit près de Saint-Vith. Cette fois, si ce n’est peut-être pas par esprit de lucre, c’est en tout cas au minimum par inconscience, mais plus vraisemblablement par égoïsme et mépris pour la biodiversité.

Les Cigognes noires ont fait leur réapparition en Wallonie fin des années 80, à la grande satisfaction des naturalistes. Quelques dizaines de couples apprécient les grandes futaies ardennaises. Cela reste peu. L’espèce est protégée et a fait l’objet de divers travaux pour favoriser son implantation, notamment dans le cadre d’un programme LIFE. Elle est très vite devenue emblématique de nos forêts, tout comme le Tétras-lyre pour les Hautes-Fagnes.

Quel était le but de cet acte imbécile? Faire un "carton"? Ne pas vouloir partager quelques poissons avec les cigognes? L’enquête nous le dira peut-être.

Nous sommes bien démunis pour empêcher pareil carnage, heureusement occasionnels. Seule notre force de conviction auprès de la population, essentiellement les jeunes, peut me laisser espérer qu’il ne s’agit que des derniers soubresauts d’une mentalité d’un autre âge. La balle est dans le camp des enseignants et des parents capables de la prendre au vol…

André Houbart


KESS KI DIT - Natura 2000 à Bruxelles: synthétisons gaiement!

La constitution du réseau Natura 2000 a pour objectif de maintenir la diversité biologique des milieux, tout en tenant compte des exigences économiques, sociales, culturelles et régionales dans une logique de développement durable, et sachant que la conservation d'aires protégées et de la biodiversité présente également un intérêt économique à long terme. Depuis 2002, trois grandes zones Natura 2000 ont été désignées à Bruxelles:

  • La forêt de Soignes et ses lisières (hors Bois de la Cambre, où tout et n’importe quoi est autorisé, y compris les feux d’artifice peu appréciés des chauves-souris et des oiseaux) et la vallée de la Woluwe,
  • Uccle (Kauwberg, Kinsendael),
  • Au Nord-Ouest de Bruxelles, le Bois du Laerbeek.

Ces zones représentent plus de 2000 hectares, soit 4% du territoire de la Région bruxelloise. Ceci peut paraître énorme pour notre Capitale réputée "verte".

A Bruxelles, les Zones Natura 2000 ont été déterminées principalement sur la base de la présence des espèces suivantes: Bouvière (poisson) – Lucane cerf-volant (insecte) et plusieurs espèces de chauves-souris. Et c’est là que se pose un problème! Natura 2000 n’interdit certainement pas le développement économique (y inclus des projets d’urbanisme), mais pour autant que celui-ci ne porte (soi-disant) pas atteinte à ces espèces précises, (presque) tout est permis (d’urbanisme)! 

On en arrive à la situation aberrante suivante: une zone naturelle, abritant par exemple des orchidées, du lézard, des oiseaux rares, du chevreuil, en résumé des espèces non reprises dans les critères Natura 2000 et pourtant protégées à Bruxelles (et en Europe) court le risque d’être détruite, tant qu’il n’y a pas atteinte aux habitats de ces espèces Natura 2000.  

La création sur le Plateau de la Foresterie d’un second terrain de sport en revêtement synthétique au détriment d’une des dernières friches en lisière de forêt de Soignes en est le triste exemple, dans une commune pourtant dirigée par un Bourgmestre Ecolo…

Les associations naturalistes ont eu beau introduire un recours au Conseil d’Etat, une action en référé au Tribunal de 1ère Instance, aller en appel, introduire une demande de classement, et mettre leurs finances en péril: rien n’y a fait. Du fait qu’aucun arrêté de désignation n’a été pris par la Région, il en découle qu’aucun plan de gestion n’a pu être appliqué. C'est ce que le tribunal a constaté et retenu! C’est ce qui déforce la position des associations naturalistes. 

A suivre ce raisonnement, une zone naturelle non-désignée Natura 2000 bénéficierait d’une protection plus large que celle offerte par Natura 2000, en ce sens que toutes les espèces européennes qu’elle abrite sont protégées aux yeux de l’OR Nature de 2012! Au rythme où évoluent les procédures de désignation, combien de zones naturelles et/ou zones Natura 2000 seront encore synthétisées?


KESS KI DIT: réguler les prédateurs par la chasse, est-ce possible?

Le mardi 20 août 2013, la présentatrice des informations de 7 h à la RTBF radio interviewait le responsable d’une chasse en Wallonie. Et leur conclusion a été que la chasse constituait le moyen le plus adéquat pour réduire le nombre de prédateurs naturels qui pourraient se révéler une source de dégâts considérables.

Pouvons-nous être d’accord avec ce constat?

A première vue, on pourrait penser que, dans l’hypothèse où les prédateurs se multiplient de façon anarchique, la chasse pourrait avoir un rôle positif à jouer. Mais c’est oublier que cette hypothèse est totalement irréaliste! Tous les naturalistes savent bien que les prédateurs autorégulent leur nombre en fonction des proies disponibles dans le milieu où ils vivent!

En effet, en période de disette lorsque les proies se font de plus en plus rares, les prédateurs doivent dépenser beaucoup plus d’énergie pour trouver à se nourrir. Déjà en période d’équilibre proies-prédateurs, les scientifiques estiment que la plupart des mammifères carnivores ne réussissent leurs chasses que dans 10% des cas.

Leur stress augmentant, ils deviennent moins fertiles et leurs quelques jeunes, trop peu nourris et souvent délaissés, meurent rapidement. De nombreux adultes émigrent ou, fort affaiblis, ne survivent pas à ces temps difficiles.

Lorsqu’enfin le nombre de prédateurs redevient acceptable par rapport au nombre potentiel de proies, l’équilibre se rétablit et permet à une certaine population de prédateurs de contrôler le nombre d’herbivores en les dispersant dans le milieu naturel et en évitant ainsi la formation de trop grandes concentrations d’animaux qui provoquent d’importants dégâts à la forêt.

Un bon exemple de cet équilibre est illustré par le parc forestier de Chambord

Avec ces +/- 55 km2 entièrement clôturés de hauts murs, il constitue un havre de paix pour les cervidés et les sangliers ainsi que pour les petits mammifères carnivores comme le renard, le blaireau, la fouine, le putois ou l’hermine et la belette.

Les grands ongulés, n’ayant pas de prédateurs naturels dans le parc, doivent être régulés par l’homme.

  • Pour les cerfs, chaque année, un certain nombre d’animaux poussés dans des filets tendus entre les arbres sont capturés et envoyés dans des régions de France ou d’Europe désireuses de reconstituer leur cheptel disparu (on estime qu’environ la moitié des cerfs français actuels sont originaires de Chambord).
  • Une battue annuelle est aussi organisée pour éliminer l’excédent de sangliers.

Les petits carnivores, dans cet immense espace, vivent comme dans un milieu naturel ouvert et restent en équilibre avec leurs proies; il n’a jamais été nécessaire de diminuer artificiellement leur nombre par la chasse.

En fait, le chasseur, s’il élimine les prédateurs considérés comme des concurrents et favorise par le nourrissage la survie du gibier, petit ou grand, va à coup sûr dérégler l’équilibre naturel proies-prédateurs lentement acquis, et ceci souvent en provoquant de gros dégâts à la forêt elle-même.

De plus, la législation européenne et les dispositions réglementaires que la Belgique a adoptées en application de ces directives a instauré le principe de la protection comme règle pour toute gestion des habitats naturels ainsi que pour la faune et la flore sauvage.

Il serait d’ailleurs utile que, comme plusieurs autres pays européens, la Belgique favorise le retour définitif chez nous du lynx boréal.

De 20 à 25 lynx pourraient arpenter le sud du pays en connexion avec les Ardennes françaises et les forêts allemandes. Un lynx capturant environ 60 chevreuils par an, ce prélèvement ne représenterait que 2 à 3 % des chevreuils présents et ne dérangerait en rien les chasseurs.

Ce félin étant totalement inoffensif pour l’homme et pour le bétail adulte, il pourra alors remplir son rôle positif de contrôle des grands ongulés en les forçant à se disperser dans les différentes forêts et on évitera ainsi les dégâts importants causés dans certaines plantations de Wallonie.

Nous ne parlerons pas ici du loup qui véhicule une image beaucoup plus négative et pour lequel, avant d’envisager son retour, il faudra organiser de nombreuses réunions d’information tant pour la population en général que pour les parties concernées directement comme les chasseurs, les fermiers et les forestiers.

Pour terminer cet article, nous voudrions adresser un message aux membres de Natagora:

Faisons tous ensemble en sorte que très bientôt ne subsistera plus qu’une chasse soucieuse de l’équilibre naturel et que la chasse visant à éliminer tous les prédateurs-concurrents ne soit plus qu’un mauvais souvenir d’un passé révolu.

Claus Geyer et Christian Bock, Groupe de travail mammifères Natagora Bruxelles


Ras-le-bol défaitiste versus volontarisme constructif: à nous de choisir (novembre 2013)

Le responsable de cette rubrique me demande de polémiquer une fois de plus. Défi relevé! Mais sur quoi polémiquer? A froid, je ne vois pas vraiment "le" sujet d’actualité qui s’imposerait… Alors, pourquoi ne pas ratisser large et vous faire état de tous mes ras-le-bol (et j’en oublierai sûrement)?

  • Marre des zones Natura 2000 qui fondent comme neige au soleil en cours de procédure ou qui ne sont pas respectées.
  • Marre des papillons qui disparaissent de nos jardins et campagnes (exception faite cependant pour cette année bénie des Dieux.)
  • Marre d’une agriculture déboussolée qui doit, nous laisse-t-on croire, nous empoisonner et ravager la nature pour survivre et que le monde soit nourri.
  • Marre d’un consumérisme qui dilapide les ressources et l’environnement.
  • Marre des riverains qui s’approprient des sentiers pour agrandir leur terrain ou être certains de ne pas être dérangés dans leur quiétude égoïste. Adieu la flore riveraine des petites sentes fleurant bon la menthe et l’origan et bienvenue à l’herbe rase et aux tagettes rangées comme des petits soldats.
  • Marre du capitalisme dominateur qui a remplacé des valeurs de beauté et d’harmonie par d’autres plus égoïstes et contestables, au détriment d’un équilibre entre l’homme et la nature...
  • Marre d’un certain monde politique (démodé, je l’espère… On peut rêver, non ?) qui a trop de copains, dont les intérêts n’ont parfois rien à voir avec le bien commun, et qui n’hésitera pas à sacrifier une part de belle et riche nature sur l’autel des élections. Marre du chantage à l’emploi qui autorise parfois les pires ravages.

Mais aussi marre d’en avoir marre. Marre de moi qui suis un consommateur avide de belles vacances à l’odeur de pétrole. Marre de ma dérive quelque peu poujadiste dans cette chronique. Elle aura eu au moins le mérite de me défouler. Ouf, cela fait du bien!

Pourvu que cette catharsis me permette pourtant de me libérer d’un ras-le-bol stérile. L’intégrisme, fût-il écologique, ne peut mener à rien de bon, notre société doit se bâtir avec nos concitoyens, en toute démocratie. Il faut être capable de mettre de l’eau dans son vin, sans omettre pourtant de dénoncer magouilles et violation des lois qui protègent la nature.

Alors retroussons nos manches! Passons à l’action et arrêtons de nous lamenter. Seule notre force de conviction peut faire avancer les choses!

André Houbart


La régionale bruxelloise de Natagora vous invite à...

... fêter avec nous, le 29 septembre, les 10 ans de notre association au Parc royal de Bruxelles.

Vous lirez plus loin les détails de cet événement où parents, enfants, trouveront leur bonheur parmi les 40 activités gratuites qui vous seront proposées. Sans être exhaustif, cela ira de la construction d’un nichoir à insecte à la sculpture sur pierre de sable tout en écoutant quelques fanfares…

Cela peut être l’occasion pour vous :

  • De faire connaissance avec les autres régionales logées en Wallonie, d’y découvrir  quelques "pays" de grande richesse qui méritent toutes les attentions, d’y rencontrer et de bavarder avec ces personnes motivées qui les "gestionnent", les "préservent" et les "bichonnent";
  • De rencontrer d’autres associations dans un village associatif;
  • D’apprendre quelques trucs et astuces pour un jardin naturel, pour protéger et accueillir  oiseaux, chauves-souris… et plus encore;
  • De vous restaurer "bio".

Mais aussi, de rendre une petite visite au stand de notre régionale pour que nous puissions vous rencontrer et répondre à toutes questions que vous vous poseriez au sujet de nos réalisations, projets et actions.

Natagora fête les dix ans du rapprochement d’Aves et des Réserves Naturelles RNOB.

Natagora représente actuellement 15.000 membres et donateurs, 4.300 hectares de réserves naturelles et plus de 1.000 bénévoles.

Natagora existe pour enrayer la dégradation de la biodiversité, reconstituer un bon état général de la nature, en équilibre avec les activités humaines, plus particulièrement en Wallonie, en région germanophone et à Bruxelles.

Michel Vandevelde


« L’ÉTANG SONT DURS » (août 2013)

Un étang, quelle que soit son étendue, pour vivre et accueillir en son sein faune et flore, dépend des autres. Il a besoin d’une source ou d’un cours d’eau pour s’alimenter et apporter quelques alluvions riches en graines de toutes sortes. Il a également besoin de ses amis insectes et oiseaux qui, eux aussi, participent à son bien-être. Enfin, toutes végétations, ses copines, y seront toujours les bienvenues pour son oxygénation et son équilibre.

Les associations telles que la nôtre sont, comme l’étang… Il leur faut des sources, ou plutôt des ressources; il faut qu’elles soient alimentées pour leurs donner des moyens de préserver DAME NATURE dans son ensemble.

Et… La faux nommée crise économique, et de surnom économie de marché, fauche à « tout-va » les subsides publics. Pourtant, le message que nous voulons faire passer est que « madame Nature », elle va pas bien, et qu’il faut réagir… Sans abeilles… Plus de fruits… ! Quel plus bel exemple… ! Que pourrions-nous imaginer pour que la conscience de tous s’éveille (politiques, technocrates et nos chers concitoyens…)? Nous ne vivons que sur une seule planète et il nous faut la soigner (le verbe « protéger » devient presque obsolète).

LES TEMPS SONT DURS…
Mais notre planète bleue patientera-t-elle encore longtemps face au « court-termisme » de certains de nos semblables, toutes casquettes confondues?

LES TEMPS SONT DURS… Nous traversons une crise économique et, pour chacun d’entre nous les budgets s’étiolent, mais du particulier au politique, une conscience doit se réveiller afin de préserver et de protéger « Dame Nature ». C’est notre rôle et devoir vis-à-vis des générations futures.

LES TEMPS SONT DURS… Faut-il rappeler que chaque petit sou pénétrant dans la tirelire des associations comme la nôtre est investi, sans aucun esprit de lucre, dans cette philosophie de protection de la nature, du terril au jardin en passant par les friches, forêts et prairies…

LES TEMPS SONT DURS… Mais de nombreuses espèces, faune et flore confondues, sont menacées, en voie d’extinction ou disparues… Dans quel environnement futur vivront nos enfants ?

Michel Vandevelde

 

 


Les roses au jardin: "nature admise" aussi ! (juin 2013)

Comte de Chambord (rosier Portland - Source Wikipedia Commons)

Beaucoup d'entre nous les apprécient, mais qui dit roses dit souvent pucerons, maladies cryptogamiques (marsonia, rouille, oïdium), tailles fastidieuses, engrais, arrosages... Bref, pas très écologique, pas très économique, et beaucoup de travail. Faut-il pour autant s'en priver ? Nous répondons résolument: non !

Un rosier n'est pas l'autre : il en existe des milliers de variétés, issues de l'hybridation de dizaines d'espèces du genre Rosa. Non, un rosier n'est pas forcément cette petite plante faite de 3 branchettes épineuses surmontées de grosses fleurs rouges tout l'été et demandant à être soigneusement taillée chaque année... En raison de leur ascendance diverse, les rosiers ont des apparences et des besoins variés, et on en trouve pour toutes les situations du jardin. L'étape du choix est primordiale, et permet de s'épargner bien des difficultés par la suite.

Pour des rosiers "faciles", nous vous conseillons de porter votre choix vers des rosiers botaniques ou des rosiers dits "anciens" (en particulier les groupes Alba, Galliques, Damas, Centfeuilles, Mousseux et Portland). Ce sont de véritables buissons ou arbustes (ils ne seront donc pas vidés de leur sève à la première attaque de pucerons) et il n'est pas nécessaire de les tailler pour s'assurer d'une belle floraison. Grand atout de beaucoup d'entre eux: les fleurs sont parfumées ! Les propriétaires de petits jardins choisiront de préférence des rosiers du groupe Portland, de moindre ampleur et à floraison remontante.

Autre possibilité: choisir des rosiers créés en Belgique, et donc parfaitement adaptés à notre climat imprévisible. Par chance, un grand obtenteur de rosiers magnifiques a œuvré dans notre plat pays: Louis Lens, aujourd'hui décédé, mais dont la pépinière a été reprise par des passionnés. Pour couvrir une arche (pas trop petite !), je vous conseille sa création "Guirlande d'Amour": floraison surabondante, parfumée et remontante de petites fleurs blanches semi-doubles attirant les bourdons, quelques petits fruits rouges en hiver... Tout un programme !

Pour compléter le tableau, voici quelques plantes qui accompagnent traditionnellement les rosiers: les aromatiques (effet répulsif sur les ravageurs) et les géraniums vivaces (peu exigeants). Les plantes à la silhouette élancée sont également du plus bel effet: digitales, molènes, aconits, roses trémières, grandes campanules, cardères, pigamons, Apiacées de grande taille (fenouil, angéliques)... Pour garnir un rosier à floraison unique, vous pouvez planter à son pied une clématite du groupe Viticella, qui fleurira en été.

Comme pour n'importe quelle plante, un emplacement convenant à la variété de rosier est fondamental pour avoir un végétal en pleine forme et résistant. Du compost une ou deux fois par an, quelques arrosages les premières années, un peu de taille s'il devient trop grand... Et pour limiter les attaques de ravageurs, misez comme toujours sur la diversité: plantes indigènes à gogo pour attirer les insectes auxiliaires, et rosiers de groupes variés.

Un excellent article de Pierre Lauwers (un spécialiste) sur la culture des roses en Belgique: http://amoons.be/botarosa/botarosa/roses/jardros.htm Imprimez-le, puis jetez tous vos livres sur le sujet ! :-)

Des adresses où vous fournir:

En vous souhaitant beaucoup de plaisir au milieu des pétales de rose...

Julie Bingen


Quand le crapaud commun prend la route... (avril 2013)

Photo: R. Bianchin

Les batraciens, c'est à dire dans nos régions les crapauds, grenouilles, salamandres et tritons contribuent dans les écosystèmes aquatiques et forestiers à la chaine alimentaire de la nature. Carnivores, ils éliminent énormément de petits invertébrés et servent aussi de nourriture à leurs nombreux prédateurs. Ces batraciens sont donc un maillon indispensable dans l'équilibre fonctionnel de ces écosystèmes.

 

Le crapaud commun (Bufo bufo) est un cas particulier car il est de mœurs aquatiques uniquement pendant la période de reproduction, soit à la fin de l'hiver et au début du printemps. Les individus quittent ses lieux terrestres d'hivernage (enfouis dans la litière ou dans des cavités) pour se rendre vers des points d'eau afin d'y pondre. Ils peuvent accomplir ainsi progressivement jusqu'à 5 km, dès la tombée du jour et si la température reste supérieure à 6°, pour atteindre leur destination. Ils sont soit seuls soit déjà en couple (le mâle plus petit sur le dos de la femelle gonflée d'œufs).

Dans l'étang, des rubans gélatineux sont accrochés généralement à des plantes aquatiques, contrairement à la grenouille rousse (Rana temporaria) qui laisse des amas d'œufs en surface.

Une dizaine de jours plus tard, les animaux désaccouplés quittent le milieu aquatique et reprennent le sens inverse en folâtrant ; les femelles isolées se remarquent alors par leur aspect flasque. Celles-ci sont deux fois moins nombreuses que les mâles. En effet, on aurait constater qu'elles ne pondraient qu'une année sur deux.

Le problème pour ces animaux lents qui marchent ou sautillent faiblement, c'est le morcellement actuel de leurs milieux de vie. Ils doivent souvent traverser des routes entre leurs zones d'hivernage et leurs zones de ponte. Dès lors, ils se font abominablement écraser par les automobilistes. Au lieu d'avancer, ils se figent lors de vibrations des moteurs ou au bruit des pas humains. Les déplacements d'air les projetant peuvent tout autant les tuer que les roues passant sur leur corps.

C'est pour cela que des équipes émues par leur sort funeste tentent de les sauver en les ramassant d'un côté à l'autre des rues et chaussées. Il est plus rare de trouver des grenouilles écrasées: d'une part elles font des bonds qui évitent les voitures, d'autre part elles n'effectuent pas de véritables migrations, restant près de l'eau comme les tritons et les salamandres.

On considère généralement que les crapauds retournent à leur lieu de naissance. Je pense qu'ils savent instinctivement que l'étang est en aval du lieu où ils se trouvent et ainsi suivent une pente tout en contournant des obstacles et se retrouvent le plus souvent dans leur eau d'origine.

Au début de l'été, les nombreux têtards qui ont perdu leurs branchies, font le chemin inverse de leurs parents. L'espèce n'est pas en danger d'extinction mais il convient de les aider dans leur périple car il n'est agréable ni souhaitable de voir les routes couvertes en mars d'une "confiture" de ces animaux nécessaires aux cycles de la nature.

 

Daniel Geerinck, coordonnateur de leur sauvetage dans un site urbain pour la Commission ornithologique de Watermael-Boitsfort

 


Promoteur contre Nature (février 2013)

Photo: R. Bianchin

C’était un petit jardin, au fond d’une cour à la chaussée d’Antin. De grâce, de grâce, Monsieur le promoteur, préservez cette grâce (extrait du « petit jardin » de Jacques Dutronc). C’était un petit plateau, au fond de la commune d’Uccle. De grâce, de grâce, Messieurs les Politiques, préservez cette grâce (extrait des suppliques des défenseurs du plateau Avijl).

Jacques Dutronc/Natagora, même combat ?

On pourrait le croire en effet, malgré les décennies écoulées depuis la sortie de cette belle chanson, qui a favorisé l’éveil de la conscience écologique et du respect de la beauté simple.

En effet, les promoteurs immobiliers sont toujours aux aguets pour fondre tels des oiseaux de proie sur les terrains les plus charmants, car tout ce qui est charmant se vend vite et cher. Le hic, c’est que du coup, le charme et la grâce ont généralement tôt fait de disparaître sous les coups des pelleteuses et autres engins de chantier.

Souvent, l’on se plaint que les Politiques n’en font pas assez pour freiner cette course au profit. Mais ici, c’est pire : ce sont eux qui projettent 200 logements sur le site. Certes, la commune est propriétaire, certes le terrain était en réserve foncière, certes des logements à prix modérés ne seraient pas du luxe à Uccle, certes il faut trouver un équilibre entre la nécessité de vivre plus densément en ville et la préservation de la nature.

Mais comment ignorer le rôle social et écologique que joue un tel petit paradis dans une zone urbanisée où tant de citoyens aspirent à se plonger dans le calme et la contemplation de la nature à deux pas de chez eux, sans devoir courir au fond des Ardennes. Sans oublier la chance d’y croiser ses voisins jardiniers ou promeneurs, et de développer ainsi une vie sociale si précieuse.

Une perle, enchâssée dans un quartier qui lutte pour garder son caractère villageois

N’est-ce pas une sorte de miracle de voir un terrain à l’abandon reprendre vie grâce aux habitants, la biodiversité s’y installer de façon convaincante ?  C’est ainsi qu’est née une perle, enchâssée dans un quartier qui lutte pour garder son caractère villageois. Elle est devenue prétexte de fête et de rencontres. Que de monde pour l’admirer lors de la dernière journée festive ! J’y ai même croisé Madame Dupuis1 (ou son sosie ?), à mon grand étonnement. Puisse cette visite l’éclairer sur la valeur du lieu.

Abattrait-on une cathédrale pour y construire des logements ? Bien sûr que non ! Le patrimoine (semi)naturel et social ne mérite-t-il pas autant de considération ? Certes, le plateau Avijl n’a pas vocation à devenir patrimoine de l’humanité, n’exagérons rien, mais il constitue à l’échelle bruxelloise une véritable richesse, le genre de richesse qui nous rend heureux d’habiter Bruxelles.

Alors, Messieurs les Politiques, s’il vous plaît, cherchez d’autres solutions aux problèmes de logement, sans compromettre notre patrimoine commun ! Rassurez mon ami Jean, quelque peu découragé de s’investir dans un jardin naturel ouvert à tous et sous label du réseau nature, sachant la menace qui pèse sur son petit eden.

André Houbart

 

 


Madame Dupuis est conseillère communale à Uccle. Malgré une sensibilité à la défense de la nature, elle a soutenu le projet de construction de logements. Elle est aussi présidente du Parlement bruxellois.  

 

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Natagora, association de protection de la nature, se mobilise pour prserver la biodiversit des habitats naturels en Wallonie et Bruxelles. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien !