Aller au contenu principal

Des fleurs pour votre jardin (partie 1): les belles indigènes

Peu d'entre nous conçoivent un jardin sans fleurs. Le choix est vaste, surtout si l'on se tourne vers des pépinières spécialisées en plantes vivaces. Mais il n'est pas évident de trouver dans le commerce des fleurs sauvages bien de chez nous: elles y sont peu fréquentes et leur caractère indigène n'est pas nécessairement mentionné.

Par ailleurs, les espaces de nature authentique sont devenus rares dans notre pays surpeuplé. En conséquence, nos fleurs sauvages sont méconnues, alors qu'elles peuvent être d'une beauté renversante. Découvrez-les avec nous!

Tout d'abord, que signifie exactement "indigène"?

"Indigène" est synonyme de "autochtone": en biologie, cet adjectif désigne une plante ou un animal qui est présent spontanément dans une région du globe, sans que l'être humain ne l'y ait introduit.

Et qu'est-ce qu'une "région", alors? C'est un territoire caractérisé par un climat et un sol spécifiques. Il attirera donc certaines plantes plutôt que d'autres, ainsi que la faune qui se nourrit de ces plantes. Son étendue peut être réduite: ainsi, la Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines (la bible du botaniste belge) rattache le territoire de la Belgique à pas moins de 7 "districts phytogéographiques" différents!

En effet, dans notre pays pourtant minuscule, certaines plantes ne poussent spontanément qu'en bord de mer, dans les Hautes Fagnes ou sur certaines falaises, et nulle part ailleurs, en raison de la spécificité du sol et du climat. Elles ne sont donc indigènes que dans certaines régions de Belgique. Mais beaucoup de végétaux sont assez adaptables et se rencontrent à travers tout notre pays (et bien au-delà).

Pourquoi préférer les fleurs indigènes?

La flore et la faune d'une même région ont évolué en parallèle: plantes et animaux "du cru" sont parfaitement adaptés les uns aux autres, et même dépendants les uns des autres. Le cas des insectes est parlant: les larves de certaines espèces ne se nourrissent que d'une seule espèce végétale. Les fleurs, quant à elles, sont adaptées, par leurs formes et leurs couleurs, aux pollinisateurs susceptibles de les visiter: en Europe, ce sont principalement des insectes.

Puisque les végétaux forment la base des chaînes alimentaires, vous ne pouvez pas vous passer des plantes indigènes si vous souhaitez un jardin grouillant de vie. Sans elles, votre terrain n'attirera jamais autant d'insectes, et donc d'oiseaux, d'amphibiens (crapauds, grenouilles, tritons) et de petits mammifères (musaraignes, hérissons, chauves-souris).

Certes, les fleurs sauvages de Belgique sont souvent moins spectaculaires que beaucoup de plantes classiques des jardins. En réalité, leur beauté est juste différente: avec leurs couleurs moins criardes (l'orange et le rouge vif sont pratiquement absents) et leurs fleurs assez petites, elles nécessitent qu'on les admire de près ou qu'on les plante en groupe pour obtenir un bel effet de masse. Si vous souhaitez que votre jardin ait l'air "naturel" et s'intègre harmonieusement dans le paysage, elles sont indispensables!

Comment faire son choix dans ce monde méconnu?

Libre à vous de ne choisir que des plantes tout à fait indigènes dans votre "district phytogéographique" (pour les Bruxellois: le district brabançon, cf. Nouvelle flore de Belgique). Mais vous pouvez également étendre votre choix à tout ce qui pousse en Belgique et dans les régions limitrophes si vous souhaitez plus de variété dans votre jardin.

Pensez au fait que de nombreuses fleurs ont des variantes de couleur qui apparaissent spontanément dans la nature. Ainsi, il existe une forme à fleurs blanches (notée albus, alba ou album) de certaines plantes indigènes, ce qui permettra de diversifier vos plantations.

Quelques outils peuvent vous aider à découvrir les fleurs indigènes que vous pourriez adopter:

Ces deux dernières sources mentionnent quelques plantes qui ne sont pas indigènes en Belgique, comme le pavot du Pays de Galles. Vous pouvez les traquer à l'aide d'une flore si vous êtes un "pur et dur", mais elles pourraient bien vous séduire…

Quelques idées pratiques

  • Troquez vos grandes jonquilles et vos ancolies nord-américaines contre leurs cousins locaux: Narcissus pseudonarcissus et Aquilegia vulgaris.
  • Garnissez le pied de vos grandes tulipes d'un nuage de muguet et de myosotis.
  • N'engraissez pas votre pelouse et ne la tondez pas trop court: vous bénéficierez de la floraison de la pâquerette et du trèfle blanc, et peut-être de la brunelle et du lotier corniculé.
  • Pour un coin ensoleillé avec un sol drainant: la ciboulette (Allium schoenoprasum), l'origan (Origanum vulgare) et les serpolets (Thymus praecox, T. serpyllum, T. pulegioides) sont bien de chez nous et n'attirent pas que les insectes!
  • Créez une bordure estivale colorée en installant marguerite commune, mauve musquée, linaire commune, centaurée jacée, knautie des champs, chicorée sauvage, millepertuis perforé, achillée millefeuille, bétoine, tanaisie, scabieuse colombaire, sauge des prés,…
  • Retenez-vous d'arracher la renoncule rampante (qui s'invite volontiers dans nos jardins) et installez la véronique petit chêne pour lui tenir compagnie: une belle complémentarité de jaune et de violet!
  • Si vous aimez les géraniums vivaces, essayez le géranium des prés, le géranium des bois, le géranium livide, le géranium sanguin, le géranium des Pyrénées (si si, on vous jure qu'il est indigène!) et le géranium des marais.
  • Certaines plantes indigènes de grande taille sont carrément spectaculaires, par exemple la digitale pourpre, l'épilobe en épi, les molènes, l'angélique sauvage, la cardère, l'aconit napel et l'aconit tue-loup.
  • Pour la fin de l'été et l'automne, voici deux (petits) asters qui poussent naturellement dans certains coins de Belgique: Aster lynosiris (jaune) et Aster amellus (mauve). Le séneçon jacobée, l’achillée millefeuille et la mauve musquée donnent une seconde floraison à cette époque de l'année.

Où se les procurer?

Nous nous sommes souvent demandé pourquoi les fleurs sauvages indigènes étaient si rarement disponibles à la vente. Serait-ce une question de rentabilité? Serait-ce lié à leur résistance naturelle, qui fait qu'il est plus difficile de vendre les engrais et pesticides "qui vont avec"? Serait-ce lié à leur beauté différente, moins appréciée des clients? Peut-être est-ce simplement de la méconnaissance…

Quoi qu'il en soit, dans un pays artificialisé comme le nôtre et comptant 11 millions d'habitants, pas question d'aller glaner des plantules dans la nature pour garnir son jardin: ce serait bientôt le désert! Voici donc quelques bons plans pour "indigéniser" vos plates-bandes:

  • la pépinière Ecoflora à Hal (spécialisée en plantes sauvages principalement indigènes, mais aussi en plantes comestibles)
  • la pépinière Ecosem à Corroy-le-Grand (spécialisée en plantes sauvages indigènes, en particulier sous forme de semences)
  • la pépinière de la ferme Nos Pilifs à Neder-Over-Hembeek (pépinière classique, mais proposant aussi des plantes indigènes)
  • la Bourse aux plantes sauvages organisée par Natagora Bruxelles tous les ans en novembre
  • l’échange de plantes avec des membres du Réseau Nature
  • les "opérations de sauvetage" sur les terrains voués à des projets immobiliers 

Bonnes découvertes!

Julie Bingen

Partager sur :Email

Soutenez Natagora

Vous aimez la nature ? Aidez-la !

Participez avec Natagora à la préservation de l’environnement en Wallonie et à Bruxelles. Apportez votre voix à la nature en devenant membre de Natagora et soutenez activement nos actions en rejoignant notre groupe de volontaires.
 

JE DEVIENS MEMBREJE VOUS REJOINS

Faire un don

Vos dons rendent possibles toutes les actions de notre groupe de volontaires en faveur de la biodiversité. Déductibilité fiscale à partir de 40 € de dons par an.

JE PARTICIPE