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A la recherche d’une vision alternative : Schaerbeek-Formation, un PAD en devenir

Juin 2021

Ces dernières annĂ©es, les PAD cherchent Ă  redessiner le paysage de la RĂ©gion de Bruxelles-Capitale. Le site de Schaerbeek-Formation, situĂ© au nord de Bruxelles, constitue en cela un lieu « idĂ©al Â» Ă  l’application d’un PAD, par le dĂ©veloppement d’un nouveau quartier, de l’activitĂ© industrielle et d’une plateforme multimodale. Face Ă  la montĂ©e des enjeux urbains, notamment en regard de la nature en ville, Natagora cherche dĂ©sormais Ă  explorer et Ă  repenser les amĂ©nagements en faveur de la biodiversitĂ© sur le site.

Des critiques à l’encontre des PAD

Nouvel outil régional, le Plan d’Aménagement Directeur (PAD), s’impose aujourd’hui de plus en plus dans les politiques bruxelloises. Depuis la réforme du Code Bruxellois de l’Aménagement du Territoire (CoBAT) de 2018, les PAD sont de plus en plus présents dans toute la Région par une dérogation des règles urbanistiques, en vue de réaliser des projets stratégiques.

Depuis leurs apparitions, les PAD ont suscitĂ© beaucoup de rĂ©actions de la part des riverain·e·s et de nombreuses associations (notamment le BRAL, IEB, l’ARAU ou, plus rĂ©cemment, Natagora), reprochant surtout le manque de concertation citoyenne. Sur le mĂŞme registre, le collectif « Bas les PAD Â», plateforme citoyenne des comitĂ©s de quartiers bruxellois, a Ă©tĂ© créé en rĂ©action Ă  la dimension anti-dĂ©mocratique des PAD. Les luttes menĂ©es sur le site de la friche Josaphat tĂ©moignent d’ailleurs bien des dĂ©fauts de mise en Ĺ“uvre des PAD et la mise en place d’alternatives portĂ©es par les citoyen·ne·s.

Depuis 2013, le schéma directeur du site de Schaerbeek-Formation a été approuvé par le gouvernement bruxellois. En tant que zone levier, le site constitue (encore une fois) une opportunité financière que les aménageur·se·s cherchent à investir.

Les ambitions du PAD sur le site

Une première Ă©bauche de plan avait Ă©tĂ© faite en 2014. Nous sommes parties de ce document pour Ă©laborer notre rĂ©flexion concernant la zone communĂ©ment appelĂ©e « Schaerbeek-Formation Â», vaste site ferroviaire, qui se situe au Nord de Bruxelles, le long de la Senne, proche du Ring et de l’aĂ©roport. Actuellement, le gouvernement bruxellois est ambigu sur ce qu’il souhaite faire de la zone, et quand il compte le faire. L’ambition portĂ©e par le schĂ©ma directeur est d’implanter de nouveaux logements (zone Mabru), de dĂ©velopper une zone d’équipement (zone Campus), et d’amĂ©liorer considĂ©rablement la zone industrielle (zone Logistique) dĂ©jĂ  en place. La stratĂ©gie du gouvernement est de crĂ©er une connexion entre les quartiers de Haren et Neder-Over-Heembeek afin d’amĂ©liorer la continuitĂ© du tissu urbain. Egalement, renforcer le paysage de la vallĂ©e de la Senne en profitant de la topographie du site pour installer un Ă©quipement d’ampleur rĂ©gionale. Enfin, dĂ©velopper les dĂ©placements multimodaux (routiers, ferroviaires et portuaires) entre le canal et la gare de Schaerbeek-Voyageurs.  

Au total, le PAD s’implante sur une surface de 594 ha. Sur cet espace, 62 ha sont disponibles et 69,6 sont dĂ©jĂ  utilisĂ©s en zones portuaires et logistiques. Les ambitions sur le site sont rĂ©parties la façon suivante :

  • En bleu, la zone Mabru (moins d’1ha) : dĂ©veloppement d’un quartier durable
  • En vert, la zone Campus (14 ha) : mise en place d’un grand Ă©quipement
  • En orange, la zone Logistique (115,4 ha) : amĂ©lioration de l’activitĂ© industrielle

Bien que le PAD soit actuellement en cours de réflexion et de réadaptation stratégique, ses ambitions s’inscrivent dans une logique de densification, ignorant la prise en compte des impacts sur la faune et la flore, à court et à long terme, comme c’est déjà le cas de quelques PAD développés jusqu’à présent. Pourtant les villes sont particulièrement exposées aux conséquences du dérèglement climatique et de l’activité humaine (pollution, ilots de chaleur, inondation). C’est en s’implantant à proximité d’une zone protégée (rivière, forêt…), que l’industrie prend le risque de perturber cet environnement par ses activités.

La nĂ©cessitĂ© de prĂ©server et renforcer les espaces de biodiversitĂ© dans les villes est aujourd’hui primordiale pour rĂ©pondre Ă  la crise environnementale, qui compromet sĂ©rieusement Ă  notre qualitĂ© de vie. Le dĂ©fi est de taille : concilier densification et prĂ©servation d’espaces semis-naturels existants doit requĂ©rir toute notre attention. Le site de Schaerbeek-Formation se constitue d’une biodiversitĂ© importante qu’il est donc nĂ©cessaire d’observer. Cette zone reprĂ©sente un intĂ©rĂŞt certain incarnĂ© par de grands nombres de naturalistes qui ont dĂ©jĂ  identifiĂ© 4 113 espèces diffĂ©rentes sur la zone depuis les annĂ©es 2000.

Un site incontournable au maintien du réseau écologique

L’urbanisation est source de la diminution de la biodiversitĂ© en raison des surfaces occupĂ©es par le bâti, la voirie… mais elle peut Ă©galement l’entretenir par la prĂ©servation d’habitats spĂ©cifiques (friches industrielles, zones humides, parcs et jardins), qui s’inscrivent dans un rĂ©seau Ă©cologique. En urbanisme, les « trames Â» constituent le maillage de la ville et participent Ă  un Ă©quilibre entre humain et non-humain. Quelle soit noire (en rĂ©ponse Ă  la pollution lumineuse), bleue (milieux aquatiques), verte (milieux naturels), grise (obstacles aĂ©riens) ou brune (sols artificiels), la trame permet de conserver la continuitĂ© des diffĂ©rents corridors Ă©cologiques qui parsèment la ville.

La zone du PAD de Schaerbeek-Formation se situe au croisement de la trame verte et bleue de la ville de Bruxelles.

D’une part, le site se trouve au cœur d’une trame bleue, notamment parce qu’il longe le canal de la Senne, où on y observe une intéressante avifaune.

Proche du port de Plaisance, une longue flaque de 20 mètres attire le Petit gravelot, un oiseau dont la nidification s’est fait extrĂŞmement rare Ă  Bruxelles suite Ă  la disparition progressive des friches bruxelloises comme Ă  Tour et Taxis. Plus loin, les activitĂ©s portuaires rencontrent la biodiversitĂ©. C’est le cas de la meuneries CERES qui accueille la plus grande colonie d’Hirondelles de fenĂŞtre de la RĂ©gion. Aussi, depuis plusieurs annĂ©es, les Cigognes blanches frĂ©quentent les abords du canal favorisĂ©es par les amĂ©nagements du « Plan Cigognes Â» lancĂ© par l’association Bruxelles Nature et soutenu par Natagora Bruxelles. D’ailleurs d’autres collaborations existent entre certaines industries du canal (Aquiris et Solvay), le Port de Bruxelles et Natagora qui proposent le dĂ©veloppement d’une gestion Ă©cologique en faveur de la biodiversitĂ© : des espaces verts ont Ă©tĂ© transformĂ© en rĂ©serves naturelles, des pelouses en prairies fleuries et des plantes grimpantes ont Ă©tĂ© plantĂ©es… autant de sources d’inspirations pour intĂ©grer la nature dans les zones industrielles.

Malgré les stations d’épuration mises en fonction en 2000 et en 2007, la Senne reste en mauvaise état biologique, ce qui n’empêche pas la présence d’une quinzaine d’espèces de poissons. Sur une partie de la Senne, à ciel ouvert, le Martin-pêcheur et le Canard pilet et bien d’autres espèces cohabitent. L’ouverture de la Senne semble ainsi être une nécessité pour favoriser la place du vivant en bordure des quais, et ces aménagements sont tout à fait possibles sur la zone de Schaerbeek-Formation.

Bien qu’un projet de réouverture de la Senne, un peu avant l’avenue Vilvorde, soit inclue dans le schéma directeur, il est important que le maillage bleu soit renforcé. Outre que des initiatives en faveur du développement de la biodiversité soient déjà en place, la consolidation de la trame bleue passera par une bonne gestion des eaux de pluie (réseau d’égouts). Également, la végétalisation des berges (plantes aquatiques) permettrait de consommer la pollution émise par les industries et les transports et de favoriserait le développement d’une vie aquatique et la subsistance d’autres espèces (papillons et passereaux notamment).

Le Port de Rouen en constitue un bon exemple. D’ailleurs, une étude menée dans le cadre du plan d’étude paysagère du Canal (ou Beeldkwaliteitsplan - BKP) sur l’abaissement et la verdurisation des quais prouve le renforcement du lien entre l’eau, la nature et l’espace public.

La rĂ©serve naturelle du Moeraske est un lieu qui illustre bien le lien entre la trame verte et bleue. Le site offre diffĂ©rents biotopes : marĂ©cage, ruisseau prairie sèche, talus boisĂ©, zone potagère, prairie humide… qui permet Ă  une flore et une faune importante de s’y dĂ©velopper.

La zone de Schaerbeek-Formation s’inscrit sur une trame verte par la multitude des rĂ©servoirs et corridors Ă©cologiques dispersĂ©s dans et autour de son pĂ©rimètre. Outre, le parc royal de Laeken, en bordure du site, on peut y inclure le parc Walckiers, Ă  la jonction du Moeraske, oĂą plus de 70 espèces d’oiseaux ont Ă©tĂ© observĂ©es. Ce parc, fermĂ© au public, abrite sous sa grande densitĂ© d’arbres, une faune et une flore d’une grande raretĂ© Ă  Bruxelles comme par exemple le lĂ©rot, un petit rongeur.  

Aux alentours du pont de Buda, à la limite avec la Région flamande, quelques friches industrielles, espaces abandonnés, sont source d’une grande biodiversité, comme c’est le cas du Vanneau huppé.

La ferme du Castrum, dans la commune de Haren, s’inscrit également dans cette trame verte, beaucoup d’observations ont été recensées notamment en botanique. Aux alentours, dans le prolongement de la rue du Pré aux Oies, des initiatives citoyennes et associatives dévoilent de petits potagers partagés gérés par les collectifs Solidharen et Fruity Haren.

Pour finir, l’espace le plus intĂ©ressant d’un point de vue biodiversitĂ© est surement celui des voies ferrĂ©es, un espace inaccessible au public et qui appartient Ă  la SNCB et Infrabel. LĂ , une grande diversitĂ© d’espèces cohabitent. Cette grande Ă©tendue abrite de petites zones humides, des boisements, et de grands talus mais aussi des infrastructures abandonnĂ©es (ancien garage de trains royaux et anciens bâtiments industriels) qui accueillent aussi bien des espèces exotiques, arrivĂ©es par les trains, que d’autres plus communes dans la RĂ©gion. Des petites observations, rĂ©alisĂ©es par un naturaliste aventurier, prouvent la prĂ©sence d’une faune et d’une flore spĂ©cifique Ă  ce type de milieu (LĂ©zard des murailles, Prostemma guttula, PhytoĂ©cie bleuâtre, TĂ©trix longicorne…).

Ce réservoir biologique, entre les chemins de fer, révèle une symbiose spécifique entre des zones sèches et zones humides, qu’il faut à tout prix arriver à préserver.

Une nature en ville Ă  conserver et Ă  explorer

La zone du PAD Schaerbeek-Formation représente, par ses multiples opportunités, un élément à part entière du réseau écologique bruxellois, qui ne demande qu’à être explorée et repensée.

D’une part, la flore et la faune, présentes sur les différents biotopes sont un atout pour la Région dans son ensemble en ce qu’elles participent à la continuité écologique. Les trames verte et bleue du site pourraient permettre de réduire la fragmentation des milieux, d’identifier et de préservercertains écosystèmes, et même de les relier par des corridors écologiques, de mettre en œuvre également des objectifs pour les zones humides et les eaux courantes et de contribuer à l’amélioration des paysages. La perte ou la dégradation de ces espaces reviendrait à fragmenter un réseau écologique d’envergure participant au maintien de tout un écosystème local et global.

D’autre part, le but de Natagora est de donner de l’importance Ă  cette zone, de la projeter sur le devant de la scène, afin d’interpeler les esprits, les avis et les idĂ©es quant Ă  la prĂ©servation de la biodiversitĂ©. Éveiller les curiositĂ©s des naturalistes qui n’ont encore jamais explorĂ© la zone et Ă©tendre les possibilitĂ©s de celles et ceux qui l’ont dĂ©jĂ  observĂ©e. RĂ©veiller les imaginaires et offrir une voie d’entrĂ©e Ă  de nouveaux rĂ©cits pour les habitant·e·s qui arpentent le territoire. Recentrer les discussions au sujet des PAD, pour dĂ©boucher, pourquoi pas, Ă  une vĂ©ritable concertation dans la construction de la ville de demain. Donner du sens Ă  une lĂ©gislation qui dĂ©laisse trop souvent les enjeux de biodiversitĂ© et de crise climatique qui limite notre avenir Ă  tous, au vivant animal, vĂ©gĂ©tal et humain. 

Il ne tient qu’à vous d’observer, de naviguer, de respirer, de découvrir, et d’imaginer ces espaces, non loin de chez vous car ancrés sur votre territoire…

IntĂ©ressĂ©s? Pour plus d’informations, vous pouvez nous contacter directement Ă  l’adresse suivante : reactionlocale@natagora.be

 

Fanny Téoule

Natagora Bruxelles

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