Aller au contenu principal

Friche Josaphat: il est moins une...

Le gouvernement bruxellois propose un nouveau plan d'aménagement directeur (PAD) pour le site de la Friche Josaphat. L'enquête publique a débuté le 16 septembre et se poursuivra jusqu'au 25 novembre 2021. La version précédente du plan a été rejetée massivement. La nouvelle mouture du PAD accorde 1,28 hectares de nature préservée sur les 34 hectares du périmètre du PAD. Natagora propose d'en préserver 14 hectares. Si vous êtes d'accord avec nous, répondez à l'enquête publique.

La friche Josaphat est une ancienne gare de triage désaffectée, située sur Schaerbeek et Evere, propriété depuis 2006 de la société publique régionale bruxelloise SAU pour 24 hectares, outre la voie ferrée qui la traverse (propriété de Infrabel) et des terrains communaux. Le sol a été partiellement assaini et remblayé avec du sable. La nature y a repris ses droits depuis près de 15 ans. C’est un vaste espace ouvert et sauvage. Laissé à lui-même, nonobstant son passé de terrain industriel, il contient une biodiversité extrêmement riche et constitue un important relais de migration.

A l’heure actuelle, 1.046 espèces distinctes sont répertoriées sur le site, dont certaines pour la toute première fois en Belgique. Parmi elles figurent 33 libellules (1er site à Bruxelles, sur 14 hectares, à égalité avec le vaste parc de Woluwe), 36 papillons dits de jour (presque autant que sur les milliers d’hectares de la forêt de Soignes), 204 hyménoptères (abeilles, guêpes, fourmis, frelons, en gros l’essentiel de nos pollinisateurs), dont 129 abeilles sauvages, et 122 oiseaux, excusez du peu… Pas moins de 98 espèces sont considérées comme rares ou très rares. Près de 600 espèces ont déjà été observées cette année, en 2021, et ça continue...

C’est l’un des derniers grands sites non bâtis et non boisés en Région bruxelloise, propice aux espèces thermophiles, un lieu-clé sur l’axe migratoire nord-sud (pour les oiseaux, mais aussi certains papillons), préservé des pesticides (la concentration d’insectes y est, par conséquent, phénoménale), et un point névralgique du maillage vert bruxellois (entre le parc Josaphat et le cimetière de Bruxelles). Il est d'autant plus important que les autres friches, le Keelbeek à Haren, la friche Marly, Tour & Taxis, le plateau du Val d’Or à Woluwe-Saint-Lambert,… ont toutes disparu.

Une préoccupation citoyenne grandissante

Les autorités bruxelloises, Ministre-Président en tête, veulent bétonner la friche Josaphat. Un premier PAD (plan d’aménagement directeur) a été soumis à enquête publique du 3 octobre au 2 décembre 2019. Il a fait l’objet d’une avalanche d’avis négatifs, dont des riverains, des citoyens, des associations, la Commission régionale de développement, et Natagora Bruxelles, qui a rendu un avis fouillé et très critique.

Natagora ne s’est pas contentée de critiquer. Elle a proposé, avec l’accord de son conseil d’administration, un plan B constructif. A sa suite, une série d’associations (Natagora, Bral, Bruxelles-Nature, Bas les PAD, Collectif Sauvons la friche, Natuurpunt, Josaph’aire, Sauvons notre parc, Comité Médiapark) ont adopté un Manifesto Plan B pour Josaphat. Pourtant, les autorités bruxelloises persistent à vouloir bétonner la friche Josaphat, et à refuser un deuxième poumon vert sur Schaerbeek, à côté du parc Josaphat. Au-delà d’un intérêt poli, les premiers marchés publics ont été attribués avant même le passage du dossier au Gouvernement bruxellois et le lancement de la nouvelle enquête publique du 16 septembre au 25 novembre 2021.

Mais, au fond, pourquoi ne pas bâtir une friche?

Difficile d’ignorer le dérèglement climatique et de la perte de biodiversité (disparition de 68 % de la biodiversité en 50 ans, d’après le WWF). La minéralisation des sols, les inondations, les îlots de chaleur en été, la pollution de l’air et la perte de zones naturelles accessibles aux habitants, sont ignorées ou aggravées par le PAD Josaphat. La bétonisation verte n’existe pas. Il est facile de colorier un plan en vert, mais c’est une illusion. Or, la compensation des dégâts environnementaux qu’entraîneraient l’urbanisation du site n’est tout simplement pas possible.

Bâtir les friches en ville pour réserver la nature à la campagne est une utopie (il n’y a pas de vases communicants entre les chantiers à la ville ou à la campagne). Diminuer la nature en ville est une injustice sociale pour les citadins qui n’ont pas de jardin. On ne comprend pas pourquoi les partis qui prônent la solidarité ne fassent aucun cas des nombreux citoyens, pour qui la nature est dans l’espace public ou elle n’est pas.

Si on veut que subsiste la nature en ville, il faut lui laisser un peu de place. Bruxelles est une ville de moins en moins verte. Les citadins plus âgés ont tous la nostalgie d’avoir joué dehors étant gamins. Les plus jeunes n’ont pas et n’auront pas cette chance. La ceinture verte subsiste surtout au sud-est (grâce à la forêt de Soignes) et au nord-ouest de la ville, très peu dans la première couronne. Schaerbeek ne dispose que du parc Josaphat comme espace naturel substantiel (préservé il y a cent ans contre l’esprit de l’époque, qui voulait bâtir). C’est très peu pour 130.000 habitants (plus que la ville de Namur).

Les autorités bruxelloises ont annoncé leur volonté de déminéraliser l’espace public. On peut commencer par s’abstenir d’imperméabiliser ce qui ne l’est pas encore, au profit de la rénovation urbaine. Les immeubles de bureaux que la crise sanitaire et l’essor du télétravail vont laisser libres offrent des opportunités de créer du logement dans des espaces déjà construits.

Oui mais, il faut loger les habitants…

Nature et logement en ville ne sont pas contradictoires. Le PAD Josaphat se base sur une augmentation de la population bruxelloise de 10.000 habitants par an, tandis que les dernières projections démographiques se limitent à 1.956 personnes par an (1.214.921 habitants en 2020 pour 1.312.750 habitants en 2070, soit une moyenne de 1.956 habitants par an). Même le projet de nouvelle école arrivera trop tard. Si la crise reste aigüe dans l’enseignement secondaire, par contre, « le nombre d’élèves dans l’enseignement maternel est en baisse constante depuis l’année scolaire 2014‑2015 » selon les indicateurs de l'enseignement 2020. A Bruxelles, les chiffres de l'IBSA montrent que la population scolaire maternelle (FR et NL) a diminué de 2.354 élèves depuis 2015-2016. Or, les élèves de maternelle sont ceux qui rempliront les écoles primaires et secondaires demain, et construire une école prend du temps.

La rénovation urbaine cède trop souvent le pas aux constructions neuves, qui augmentent l’emprise minérale sur la ville. Les espaces à rénover ne manquent pourtant pas. La crise sanitaire a démontré que les citadins ont besoin de nature comme de pain. Le logement de qualité, qu’il soit social, moyen ou à prix de marché, a besoin d’espaces naturels à proximité. La présence d’espaces naturels à proximité est un argument de vente de logements, même de grand luxe.

Que faire alors?

Natagora a des demandes raisonnables: la préservation de 14 hectares (la partie ouest de la friche et les abords de la voie ferrée) sur les 34 hectares qui forment le périmètre du PAD. La nouvelle mouture du PAD nous en accorde… 1,28 hectares. Les autres espaces dits verts (qualifiés d’armature verte publique) n’ont pas du tout la même valeur biologique et comprennent les espaces dévolus aux activités de sport, détente ou loisirs.

Comment nous aider?

Merci à vous. Ensemble, on peut faire bouger les choses…

 

Eric De Plaen (septembre 2021)

Partager sur :Email

Soutenez Natagora

Vous aimez la nature ? Aidez-la !

Participez avec Natagora à la préservation de l’environnement en Wallonie et à Bruxelles. Apportez votre voix à la nature en devenant membre de Natagora et soutenez activement nos actions en rejoignant notre groupe de volontaires.
 

JE DEVIENS MEMBREJE VOUS REJOINS

Faire un don

Vos dons rendent possibles toutes les actions de notre groupe de volontaires en faveur de la biodiversité. Déductibilité fiscale à partir de 40 € de dons par an.

JE FAIS UN DON