Le pouvoir de l'ultraviolet
Promenez-vous dans les bois ou les prairies. Observez bien. Retournez les feuilles. Passez les plantes au filet. Battez les branches⊠Vous trouverez une multitude dâinsectes. Mais repassez le soir et allumez une lumiĂšre ultraviolette et vous serez Ă©tonnĂ© par le spectacle. Presque rien de ce que vous aurez vu le jour ne viendra se poser aux abords. Mais pourtant, une foule de bestioles vous rendront visite. OĂč Ă©taient-elles cachĂ©es? Câest la magie de cette mĂ©thode. Elle vous permet de percevoir une petite partie immergĂ©e de lâiceberg.
Les invitĂ©s seront surtout des papillons nocturnes, mais aussi quelques autres insectes. Voici en deux heures et demie de sĂ©ance UV, un Ă©chantillon de ce quâon peut trouver aux abords dâune peupleraie comportant une riche flore accompagnatrice dans le Beverbos, rĂ©serve naturelle situĂ©e Ă Wemmel, juste Ă un jet de pierre de Bruxelles.
Je voudrais, dâune part, encourager Ă dĂ©velopper ce type de recensement sur les sites dâintĂ©rĂȘt. Il est probable que les espĂšces recensĂ©es par cette mĂ©thode nâaient pas toutes Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©es sur les sites connus ou nây aient plus Ă©tĂ© observĂ©es depuis longtemps par les personnes avisĂ©es, ce petit article pourra alors rencontrer une motivation suffisante pour que soient peut-ĂȘtre multipliĂ©s des inventaires entomologiques plus complets des lieux Ă haut potentiel, soulignant sans doute encore leur importance.
Dâautre part, je voudrais ici emmener le lecteur dans une courte balade dans le concept de la biodiversitĂ© en montrant la variation de formes et dâespĂšces. Lâoccasion, qui plus est, de promouvoir le Beverbos sera prise, ainsi que celle de lancer un petit dĂ©bat sur la gestion de la biodiversitĂ© dans les zones classĂ©es.
Relation des espÚces avec les essences végétales présentes
Proportions des insectes selon leur dĂ©pendance avec les groupes vĂ©gĂ©taux effectivement prĂ©sents dans un rayon de 3 mĂštres autour du point dâattraction: ce graphique concerne 18 espĂšces de papillons nocturnes consommateurs de plantes vivantes et identifiĂ©s avec un degrĂ© de certitude suffisant.
- 20,6% des insectes identifiés consomment le saule,
- 58,8% des insectes identifiĂ©s dĂ©pendent des quatre genres principaux dâarbres prĂ©sents: saules, peupliers, aulnes et bouleaux.
La conservation de ces essences est donc primordiale pour le maintien de prĂšs de 60% des papillons nocturnes identifiĂ©s (Ă cette Ă©poque de lâannĂ©e et avec cette mĂ©thode).
Ainsi, dix espĂšces sur 18 consomment une de ces quatre essences principales. Sur ces dix espĂšces, sept dĂ©pendent totalement de ces quatre essences principales puisque ces espĂšces de papillons ne consomment (Ă lâĂ©tat de chenille) quâun ou plusieurs de ces quatre genres (saule, peuplier, aulne, bouleau) et rien dâautre.
Conclusion
La gestion dâune prairie, dâune forĂȘt ou de nâimporte quelle parcelle devrait se faire avec une connaissance approfondie de sa faune. Plus de 80% de la faune est gĂ©nĂ©ralement constituĂ©e dâinsectes, lesquels sont une base de la chaĂźne alimentaire.
La gestion des rĂ©serves et autres zones naturelles se fait encore trop souvent en ignorant ces paramĂštres et les impacts Ă©ventuels sur cette partie animale. Ce travail âinterventionnisteâ doit ĂȘtre le rĂ©sultat de nombreuses consultations entre un maximum de spĂ©cialistes et ĂȘtre le meilleur compromis pour maximiser le potentiel du terrain.
Encore trop souvent, je constate des gestions catastrophiques pour la faune entomologique. Si l'on nĂ©glige mĂȘme la dimension des consommateurs primaires, premiers maillons de base des consommateurs secondaires et tertiaires, il y a gĂ©rance de âjardin botaniqueâ et non plus de rĂ©serve naturelle.
Fabian Beck, entomologiste, volontaire de Natabru










